Droits des femmes : « Nous luttons farouchement contre les mutilations génitales féminines… nous pourrons faire valoir les droits des femmes en Guinée et en Afrique…»

Mme Barry Aissatou est présidente de l’association guinéenne des assistantes sociales AGUIAS et représentante de Child plan international en Afrique, elle nous parle ici des droits des femmes.

femmes maltraitesC’est quoi l’AGUIAS ? C’est une ONG à but non lucratif elle a été créée en 1999, elle est composée de femmes, tout récemment des hommes nous ont rejoint. Notre objectif principal c’est de lutter contre les violences faites aux femmes et aux filles. Donc nous faisons l’écoute active à travers un numéro vert que nous avons implémenté depuis 2006. Ce numéro permet aux femmes de nous appeler, pour l’Afrique c’est le 116, l’Europe le 111. Partout en Guinée et en Afrique où il y a un réseau téléphonique le 116 passe même si l’intéressé n’a pas de crédit. De là nous faisons l’accompagnement psycho-social, la réinsertion scolaire et socioprofessionnelle ou encore économique. Nous luttons farouchement contre les mutilations génitales féminines.

Qu’en dites vous des violations faites aux femmes ? Les violences sont des phénomènes quotidiens. Malheureusement ces mêmes violences se passent dans tous les lieux, que ça soit en famille, dans les écoles, dans les institutions, partout on rencontre toutes les formes de violences. Moi je classifie les violences en trois grands groupes, celles physiques qui sont des coups et blessures volontaires ou involontaires, comme les bastonnades et châtiment corporels. La deuxième catégorie est la violence sexuelle, d’où les agressions sexuelles, parmi lesquelles nous pouvons parler des mutilations génitales féminines et viols. Il y a aussi les violences psychologiques ou encore violences émotionnelles, ce sont les injures, les mariages d’enfants, la ségrégation. Malheureusement tous ces types de violences existent en Guinée.

Qu’est ce qui vous a réellement motivé à mettre un numéro au service des femmes ? Suites à ces suivantes problématiques nous nous sommes dit qu’il fallait mettre en place un outil d’alerte précoce qui permet aux femmes et aux enfants de briser le silence dans la plus grande confidentialité. Les problématiques comme, une femme battue par son mari, ou sa belle famille, qui a un ras le bol qui essaye de partir dans les institutions juridiques pour se plaindre, mais aussitôt renvoyée dans la famille par la justice qui dit que c’est la famille qui t’a donné en mariage, pourtant l’objectif de cette femme c’est de garder son ménage, mais finalement elle va se retrouver dehors car le marin dira puisque tu m’as trimbalé devant la justice je ne veux plus de toi. Les violences faites aux femmes telles que l’excision, et que ces femmes n’ont pas de moyens de recours ou ne sont pas informées comment il faut faire en pareil circonstance pour qu’elles puissent bénéficier d’une aide.

Combien de femmes et filles avez-vous sauvé avec le 116 ? Nous avons pu identifier une femme exciseuse, elle a excisé 280 filles nous sommes arrivées à la dernière victime à cause de la défectuosité du réseau téléphonique. Elle a été condamnée à deux ans de prison avec sursis au tribunal de mafanco à Conakry et une amande de 1 million de francs guinéen. À travers ce même numéro vert à Guéckedou aussi trois autres exciseuses ont été condamnées à six ans de prisons chacune. Nous avons sauvé une fille qui s’est mariée à bas âge et qui ne pouvait plus tenir son foyer. Avec le concours de l’UNICEF, des ambassades de la France, de Grande Bretagne, de l’Australie qui est basée au Ghana et des États-Unis nous avons fait la promotion de ce numéro vert.

Vu la tradition, la culture et la religion, pouvez vous faire valoir les droits des femmes ? Si nous sommes soutenu par les politiques, par le gouvernement nous pourrons faire valoir les droits des femmes en Guinée et en Afrique.

Un appel aux hommes et femmes ? Je pense que les hommes doivent savoir que nous sommes, nous je parle d’Homme avec grand H, nous sommes des auteurs de beaucoup de nos maux. Si les femmes souffrent c’est parce que les hommes refusent de les soutenir, ils nous prennent comme des instruments ou des esclaves, donc il faut que les hommes fassent un changement de mentalité afin que les femmes puissent s’épanouir, dans la jouissance de leurs droits.

Aminata  Diallo