Indépendance de la Guinée : témoignage de Hadja André Touré

Hadja André Touré est la première dame de la Guinée indépendante, veuve de Sékou Touré. Elle raconte ici le combat de son mari, le jour du vote du 28 septembre et l’attitude de la France après le fameux  » NON « .

« Le 28 Septembre 1958, j’étais à Conakry et après mon vote je suis rentrée à la maison comme tout le monde l’avait fait d’ailleurs. C’est pour quoi, ce jour-là, un journaliste français a qualifié Conakry de « ville morte », car c’est la consigne qui a été donnée en vue d’éviter tout accrochage qui aurait pu faire échouer le processus. A l’annonce de la victoire du « NON », j’ai eu une sensation de joie et de bonheur. Le peuple a voulu son indépendance et l’a obtenue, » dit-elle.

ANDRE TOUREMon mari a durant toute sa vie combattu dans ce sens. C’était l’aboutissement de son combat, le couronnement en fait. Car, Sékou Touré ne luttait pas seulement pour la libération de la Guinée mais de toute l’Afrique du joug colonial. Pour le vote du NON, le terrain était suffisamment préparé, a-t-elle poursuivit.

Pendant des années, des leaders ont pu sillonner tout le pays. Dans nos traditions, la colonisation est considérée comme l’esclavage. On dit qui meurt esclave même à l’au-delà restera esclave. Le peuple ne voulait pas rester éternellement colonisé, il voulait se libérer.

Mme Touré dit ne pas être une politicienne mais, « je faisais plutôt le social. Je m’occupais des enfants, des femmes et des jeunes filles en situation difficiles. J’ai créé des centres de formation professionnelle pour les jeunes qui n’ont pas eu l’opportunité d’aller à l’école. Avec la victoire du NON, les conséquences ont été tout à fait logiques. La Guinée a mis les pieds dans le plat. A cette époque, la France était toute puissante et vouloir se soustraire à la colonisation française c’était susciter l’indépendance des autres Etats africains. Deux ans après, seize d’entre eux était indépendants. De Gaulle ne s’attendait pas au choix de la Guinée. Il était tout à fait normal qu’il se sente mal à l’aise, » fait elle savoir.

Mais il aurait pu se retirer de façon plus courtoise, poursuit Mme André Touré. « Il n’y avait pas grand-chose mais le peu qu’il y avait a été, soit brûlé, soit emporté. Lorsque mon mari est devenu président de la République et que nous avons emménagé à la résidence du gouverneur, j’ai dû utiliser mes propres draps. Il n’y avait rien au palais. Si De Gaulle a été surpris par le choix de la Guinée, Sékou Touré lui, s’y attendait. Mais il ne penserait pas que De Gaule se couperait de la Guinée. Mon mari ne souhaitait pas la rupture totale avec la France. Il l’a dit plusieurs fois. De Gaule avait pris le NON de la Guinée comme un outrage qu’on lui avait fait personnellement. »

Source (leverificateur.net)