Journée internationale de la fin de l’impunité des crimes commis contre les journalistes: voici la déclaration conjointe des associations des médias en Guinée

Ce jeudi 02 novembre,  marquant la journée internationale de la fin de l’impunité des crimes commis contre les journalistes, L’APAC, L’AGEPI, L’AGUIPEL, L’URTELGUI, LE REMIGUI, LE SYNDICAT DE LA PRESSE PRIVÉE, L’UPLG et L’UPF, se sont réunis à la maison de la presse pour commémorer cette journée avec des dénonciations et des mesures prises pour lutter contre l’impunité envers la presse, via une déclaration

Journalistes guinéens

Journalistes guinéens

Comme les autres pays, la Guinée aussi commémore cette date. La déclaration des dites associations introduit en rappelant l’historique du 02 novembre. « La Guinée, à travers ses hommes et femmes de médias, commémorent ce 2 novembre 2017, la Journée internationale de la fin de l’impunité des crimes commis contre les journalistes. Cette commémoration décrétée par l’ONU en 2014, est une réponse éloquente au double assassinat à Kidal, au Mali, de Gislaine Dupont et Claude Verlon, respectivement journaliste et preneur de son à la Radio France Internationale ».

Le 2 novembre de chaque année, représente désormais, une date à saisir pour rappeler les multiples crimes commis, aux niveaux national et international, contre les professionnels de l’information. Car, « hélas, malgré la mobilisation d’hommes et de femmes épris de liberté de la presse, mais aussi, en dépit du caractère indissociable entre une presse totalement libre et une démocratie forte, l’information est encore malmenée et bâillonnée à travers le monde. Malheureusement, les ennemis de l’information osée, libre et crédible, mettant à nu les pratiques néfastes au progrès socio-économique des peuples, n’hésitent pas un seul instant d’user de tous les moyens possibles pour briser les plumes, éteindre les caméras et fermer les micros. Ces ennemis qui ont fait le choix d’un monde obscur et obscurantiste, loin du regard et des oreilles de la presse, ne sont pas prêts à renoncer », indique la déclaration.

En Guinée comme dans beaucoup d’autres pays, les journalistes vivent dans des risques et dans la peur, c’est ce que font savoir les associations des médias guinéens dans leur déclaration. « En ce jour commémoratif, les acteurs des médias guinéens, sont plus que jamais sur le qui-vive, submergés par une inquiétude grandissante due aux violences parfois mortelles dont des journalistes ont récemment été victimes. Les fossoyeurs de plumes n’ont-ils pas attendu l’instauration de la Journée internationale de la fin de l’impunité des crimes commis contre les journalistes, pour loger une balle fatale dans la poitrine de notre confrère El Hadj Mohamed Koula Diallo ? Jusqu’à date, la justice guinéenne tarde à condamner l’auteur, les éventuels complices et commanditaires de ce crime odieux. »

De continuer, ces associations dénoncent toujours, « aussi, les acteurs des médias guinéens ne se promènent-ils pas aujourd’hui encore avec en tête, la mystérieuse question sur ce qui a bien pu arriver à Chérif Diallo ? Encore une fois, hélas, la corporation des médias a été frappée dans sa chair et son âme par des violences inouïes que des gendarmes ont joyeusement infligées à un groupe de journalistes et de caméramans, le mardi 31 octobre 2017. Leur crime aura été de se rendre dans les locaux de l’Escadron de gendarmerie mobile de Matam, pour y apporter leur soutien et s’enquérir de l’état de leur confrère Aboubacar Camara. Le Coordinateur du Groupe Gangan venait d’y être transféré après une journée de garde-à-vue passée à la gendarmerie de Yimbaya. Le tout, dans un mépris souverain de la procédure légale en la matière. La mobilisation des acteurs de médias pour leur confrère est d’autant plus justifiée que sa radio Gangan FM, a été accusée, à tort et à travers, d’avoir été à l’origine de la folle rumeur qui a circulé sur le décès du Président Alpha Condé ».

Ces journalistes mentionnent encore et encore la violence tout au long de cette déclaration. « Irrités par cette mobilisation, des éléments de l’Escadron de Matam, ont agressé, battu, insulté et pourchassé les acteurs de médias. Une vingtaine  de personnes ont été blessées à différents degrés de gravité. Ces gendarmes ont également arraché les caméras et les appareils photos, qu’ils ont ensuite pris soin de faire écraser par un camion qui a spectaculairement roulé sur ces matériels de travail. Plusieurs journalistes ont été délestés d’objets précieux comme des téléphones, mais aussi dépouillés de numéraires par ces gendarmes, en furie, hargneux et haineux ».

Une coïncidence? C’est tout de même ce qui semble être. « Cette scène dont on peut logiquement penser qu’elle a été préméditée, est intervenue, malheureuse coïncidence, à 24 heures de la présente Journée commémorative, rappelant ainsi le péril qui guette la presse guinéenne. Tout en saluant la mobilisation remarquable des médias pour obtenir la libération provisoire du Coordinateur du Groupe Gangan, les Associations Professionnelles des Médias en Guinée appellent les personnels de médias guinéens, à plus de vigilance, d’unité, de solidarité et de professionnalisme, indispensables à l’épreuve de résistance à laquelle l’Etat guinéen et ses appareils sécuritaires continuent de les soumettre ».

Cependant, la presse prévoit de saisir la justice en portant plainte. « Dans ce sillage, les Associations Professionnelles des Médias en Guinée, s’engagent, avec l’accompagnement de tous les démocrates d’ici et d’ailleurs, à poursuivre en justice les auteurs de cette répression aveugle, ignoble et inhumaine. Cette action sera assortie d’une demande de réparation des préjudices moral, matériel et financier, causés aux victimes et à l’ensemble de la presse guinéenne. A cet effet, et pour joindre l’acte à la parole, les Associations professionnelles des Médias en Guinée, invitent l’ensemble des acteurs de médias, à se présenter, le lundi 6 novembre prochain, au Tribunal de Première Instance de Mafanco, pour déposer plainte. A bas les crimes contre la presse ! A bas la violence contre la presse! Vive la liberté de la presse ! Vive l’Etat de droit ! Vive la démocratie ! »

À noter que le groupe de média Espace, à été suspendu par la Haute Autorité de la Communication HAC, quelques heures après cette déclaration. La cause serait  la dénonciation des actes de ces gendarmes qui ont brutalisé les journalistes le mardi dernier.

Aminata Diallo