Journée mondiale de la liberté de la presse : les défis aux quels faire face, selon Hadja Saran et Boubacar Yacine

Chaque 03 mai depuis 1993, le monde célèbre la liberté de la presse, même si cette dernière n’est toujours pas totalement libre dans tous les pays. La Guinée n’a pas été en marge, des journalistes et leurs patrons, des associations de presse et anciens journalistes, se sont réunis à la maison de la presse de Conakry ce 03 mai. Une occasion pour eux de faire le bilan, de se donner des idées et d’énumérer les défis aux quels faire face pour que la presse guinéenne soit libre.

Hadja Saran et Boubacar Yacine

Hadja Saran et Boubacar Yacine

Deux ancien-nes journalistes ont dirigé le débat entre journalistes jeunes et anciens, ils ont surtout dénoncé les attitudes des jeunes journalistes qui ne font plus le travail dignement, mais aussi cité les défis pour que cette profession demeure.

Madame Hadja Saran est une ancienne journaliste, elle estime que « nous ne sommes plus des journalistes économiques, plus des journalistes qui s’occupent de l’environnement, on a l’impression qu’en Guinée il n’y a que la politique et qui dit politique, c’est lié au social. Malheureusement les journalistes  qui sont appelés à traiter de ces questions, ne sont pas suffisamment outillés ou ne sont même pas outillés pour faire ce travail. Pour moi, cette journée est une occasion de formation, de conscientisation, de sensibilisation,  mais aussi de faire le bilan. »

A ses cotés il y avait son ancien collègue, Boubacar Yacine Diallo ex président de l’Union des Radios et Télévisions Libres de Guinée URTELGUI. En se basant des réseaux sociaux et des informations qui y défilent en longueur de journée par des internautes, il dit ceci, « les gens redoutent un monde sans presse, moi je dis, imaginons une presse sans journaliste ? La question peut paraître naïve, mais elle a son pesant d’or dès lors que nous constatons de plus en plus, que chacun est devenu presque un journaliste. Est-ce qu’on ne peut pas redouter qu’il n’y ait plus de journalistes ? Voila un défi qui mérite d’être posé, parce que j’ai comme l’impression que l’existence même de la presse et du journaliste est en danger. »

Mais il rappelle que les journalistes sont une catégorie autorisée, à collecter, à traiter et à diffuser dans des formes convenues, en fonction de lois spécifiques et avec le respect de l’éthique et de la déontologie.

Mme Hadja Saran pour attaquer la question défi, affirme que le journaliste doit se former, doit avoir l’accès à l’information à la source, doit avoir la sécurité, doit se spécialiser, que tout le monde ne doit pas faire tout, avant de signaler ceci, « le journaliste doit marcher avec la loi organique sur la liberté de la presse. Les journalistes sont appelés à observer les règles professionnelles et déontologiques, quelque soit leur niveau et conformément à la loi. Le journaliste est avant tout un citoyen il a donc ses propres opinions mais attention, il doit avoir de la retenu. Notre profession est délicate c’est pour cela on doit former le journaliste comme le médecin, l’ingénieur, comme toute autre profession. Le journaliste c’est celui qui se cultive, c’est important, c’est à ce prix seulement qu’on pourra renforcer la liberté de la presse. Cette liberté ne veut pas dire l’anarchie, dire ce que je veux, comme je veux, quand je veux. Le journaliste contribue au renforcement de la démocratie, par son rôle d’observateur et de relais de l’information. Il a le devoir d’informer sans tabou, bref le journaliste a une responsabilité sociale. »

Un autre défi pour Boubacar Yacine, « il est d’ordre technique, ce défi doit être maîtrisé. Vous avez tellement de facilité à communiquer que cela vous empêche de prendre le recul par apport à l’information. Donc vous travaillez plus dans la quantité de l’information que dans la qualité. Les nouvelles technologies nous exposent à des défis que nous devrions intégrer pour par exemple tenir compte de la facilité de communiquer, mais tenir compte aussi des précautions qu’il faut prendre pour diffuser une information. »

Pour une liberté de la presse, ceux qui exercent le métier devraient être indépendant d’abord, d’après Boubacar Yacine Diallo. Il demande aux journalistes de récupérer la ligne éditorial, c’est à eux, ça les appartient. « Il y a le projet qui appartient au propriétaire, il y a ce qu’on appelle dans le jargon le rendu, c’est-à-dire le contenu qui appartient au journaliste. Il faut que les journalistes relèvent ce défi dans les rédactions, ils doivent s’affranchir de leurs patrons. Je ne vous demande pas la rébellion, parce que la liberté de la presse c’est d’abord l’indépendance du journaliste dans l’exercice de son métier », a-t-il dit.

Pour rejoindre Mme Hadja Saran, l’ex président de l’URTELGUI relève aussi le défi qui est la formation. Mais il soutient que pour former un journaliste il faut un bon formateur. Puis il rajoute que cette formation est la responsabilité de l’Etat et ça doit être dit au président de la république à pareille occasion.

Aminata Diallo