La femme guinéenne serait-elle un vecteur de développement économique ?

Si la Guinée est gâtée par mère nature à travers une bonne végétation et un climat adéquat, les femmes guinéennes en profitent largement. Dire que la femme guinéenne est brave n’est plus une information, c’est connu et reconnu. Mais est ce qu’elle contribue au développement économique du pays? En tout cas nous avons sillonné deux grandes préfectures du pays pour découvrir ce qu’elles font dans le domaine productif.

Foulaya Kindia

Foulaya Kindia

A Kindia et à Boffa, deux préfectures de la Basse-Guinée, les femmes utilisent leurs mains pour nourrir leurs familles et peut être d’autres familles. Les unes font la teinture, les autres pratiquent l’élevage et l’agriculture, là nous sommes à Kindia.

Cette région administrative ou encore préfecture pour rester entre Foulaye, Kassia 1 et Tabouna, où nous avons rencontré des femmes qui n’ont rien à envier aux autres.

Vers la rentrée de Kindia, dans le Moriahdi Foula, un homme a ouvert une ferme il y a trois ans et la laisser entre les mains de sa femme qui la gère avec ses deux sœurs. Elles nous racontent ce qui s’y passe, « je gère une ferme qui appartient à mon mari qui ne vit pas ici. Depuis presque un an maintenant, nous avons des problèmes avec le mangé du poulet, ça coute cher et ça grimpe tous les jours. C’est pour cela nous ne gagnons pas grand-chose. »

Ferme de Mme Fatoumata Binta

Ferme de Mme Fatoumata Binta

De continuer, Mme Fatoumata Binta Barry dit ceci, « nous avons une machine qui couve, et nous vendons les œufs mais aussi les poulets, à des prix qui varient selon les saisons. Ça ne nous aide pas à subvenir à nos besoins, parce que si nous vendons un alvéole à 28.000 fg, nous achetons les 10 sacs d’aliments à 1.825.000 fg, ça ne nous rapporte pas, mais comme on a commencé on va voir dans l’avenir. Nous ne laisserons quand même pas tomber pour donner raison aux gens qui pensent que les femmes ne peuvent pas gérer une entreprise. Je sais que si les prix de nourriture du poulet baissent et que nous avons l’électricité, ça va marcher »

Teinture à kindia

Teinture à kindia

Un peu plus loin, nous avons rencontré une mère de sept enfants, qui pratique la teinture il y a plus de 30 ans. Mme Sarata Savané est membre de l’association Makalé Camara dans le quartier Kassia1. « Nous faisons toutes sortes de motifs du textile guinéen et autres motifs. Je pratique ce métier depuis plus de 30ans, avec des apprenties que j’ai formé au fil des ans. Nous achetons le tissu blanc et toutes les couleurs, en ville. Ça vient de l’extérieur et ce n’est pas de la bonne qualité, mais comme nous n’avons pas les moyens d’acheter la bonne qualité nous faisons avec ce qu’on a, » dixit-elle.

Une histoire raconte que les femmes de Bamako ont été formées à Kindia pour la teinture, Mme Savané la confirme. Mais la différence est « qu’elles ont de bons tissus et de bonnes couleurs. Jusqu’à maintenant certaines viennent chez nous ici, on fait la teinture pour elles, elles rentrent à Bamako pour revendre encore aux commerçantes guinéennes ».

 

Teinture à Kindia

Teinture à Kindia

Pour elle, ce métier l’a beaucoup aidé, « c’est avec ça j’ai élevé mes 7 enfants, les 6 ont fini l’école et ce sont mariées. J’ai trouvé ma maman dans ce métier, alors moi c’est ce que j’ai appris et jusqu’à présent je ne suis pas fatiguée. A part les commandes, je revends mes pagnes à Conakry, Kindia, Labé, Siguiri, Nzérékoré. Je ne revends pas à l’extérieur car je n’ai pas de relations là-bas. Je revends un page entre 40.000 et 30.000 fg. Il y a bien sûr des conséquences, la poudre de couleur a des méfaits quand ça touche les narines. Et si tu touches à cette poudre sans laver tes mains pour manger, tu risques de mourir. La soude caustique on n’en parle pas.  Mais je donne souvent des conseils aux apprenties de faire attention. »

Kindia est autrement appelée la cité des agrumes, alors nous n’allons pas y quitter sans visiter des champs et rencontrer des femmes qui passent leurs journées dans la boue. Là nous sommes à Tabounna là-bas, des musulmans y partent tous les vendredis pour chercher la bénédiction, surtout les femmes.

Lieu de vente de fruits et légumes à Foulaya-Kindia

Lieu de vente de fruits et légumes à Foulaya-Kindia

Parlons de ce qui nous a amené entre ces montagnes décorées par de jolis champs de laitue, d’aubergine, de tomates, de riz, de mais, de manioc et autres agrumes. Dans cet endroit isolé et tranquille, Nga Yarie Camara s’y promène seule avec un enfant accompagné d’une bande de chiens. Elle habite à  Koliadi, mère de famille, elle s’occupe de la scolarisation de ses enfants qui partent dans une école publique,  elle dit être assistée par son premier fils qui fait le taxi-moto.  « Je travaille la terre, mais je n’ai rien, aucune force financière. Je cultive les arachides, les tomates, les patates, le riz depuis plus de 30 ans. Mon mari est aveugle, j’ai donc pris les choses en main. »

Champs à Tabouna-Kindia

Champs à Tabouna-Kindia

Seule, loin des villages, dans des champs entrecoupés par deux marigots,  Nga Yarie marche à des kilomètres pour vérifier et semer. Elle nous affirme qu’elle n’a peur de rien dans ce milieu isolé. Elle qui a vu ses semences emportées par une forte pluie estime que « c’est la volonté de Dieu. Je vais reprendre encore. »

A Boffa, chez les femmes mareyeuses 

Si Kindia se vante être la cité des agrumes, la préfecture de Boffa n’a rien à l’envier. D’ailleurs à Boffa il y a la pêche artisanale qui nourrit beaucoup de foyers. Koba seulement compte 11 ports équipés de fours de fumage de poissons, même si les femmes utilisent le bois pour sécher les fruits de mer. Ici, une seule femme peut pratiquer l’agriculture, la production de l’huile de palme et le petit commerce, en même temps.

Port de Koba-Taboria

Port de Koba-Taboria

Mme Bah Hassanatou est chez elle, entourée de ses trois enfants, elle fait le petit commerce. Son mari reste son plus grand assistant. Mme Bah profite du cadeau de la nature pour produire de l’huile « rouge » extrait de palme. Elle nous confie qu’elle peut obtenir deux bidons de 20 litres et quelques litres de plus en une production. Elle revend la plus grosse quantité pour pouvoir subvenir aux besoins de ses enfants et se soigner elle-même, car elle vit avec une maladie depuis près de dix ans. Elle affirme qu’elle ne gagne pas quelque chose pour épargner mais si ses enfants étudient, elle aura le bénéfice de ses efforts tôt ou tard.

Four de fumage de poissons à Koba-Taboria

Four de fumage de poissons à Koba-Taboria

Mme Bah n’est pas la seule femme à Koba qui fait plusieurs taches pour subvenir aux besoins de sa famille. Il y a aussi celles qui passent leur vie au bord de l’eau pour acheter du poisson, fumer une quantité et revendre dans toute la Guinée. Mariama Soumah est vendeuse et fumeuse de poisson, elle habite au bord du port de Kindiadi, dans des maisons faites entièrement en tôle enfuies entre une rizière et un fleuve, avec un accès difficile. « Nous avons beaucoup de pirogues ici, mais nous n’avons pas un bon port. Le port de Kindiadi est trop petit, même quand on a du poisson nous n’avons pas où le mettre. Nous n’avons pas de frigo où conserver le poisson, ce qui nous amène à perdre beaucoup car si ça pourri on jette, » explique celle qui a fait 20 ans dans l’affaire de poissons qu’elle revend en gros à Kindia et à Tanènè. C’est avec cette pratique qu’elle élève ses trois enfants qui partent à l’école.

Poissons de Koba-Boffa-Guinée

Poissons de Koba-Boffa-Guinée

Mamia Bangoura présidente d’une centaine de femmes mareyeuses et fumeuses de  l’Union de Koba Taboria, est aussi une habituée des ports.  « Nous allons dans tous les 11 ports de Koba pour avoir du poisson à revendre. Nous envoyons certains au four de fumage. Nous revendons en détail et en gros, à des personnes qui viennent de Conakry, Kindia, Mamou, Faranah, Kankan, un peu partout en Guinée. Nous sommes toutes des mères de famille et c’est avec ce qu’on gagne ici que nous scolarisons nos enfants, » narre-t-elle en parlant au nom de toutes les femmes de son association.

Elles plaident pour un coup de pouce

Selon Mme Barry,  « les femmes rurales sont braves, combatives, et le gouvernement doit penser à nous. Il nous faut surtout le courant pour nos fermes. » Mme Savané elle, prie Dieu, « je prie que Dieu aide le gouvernement guinéen afin qu’il nous aide à son tour. Nous faisons un métier compliqué, nous voulons faire un grand boulot mais si nous n’avons pas les moyens nous n’arriverons pas à le réaliser. Tout ce que les bonnes volontés peuvent nous apporter, qu’elles le fassent, que ça soit de bons pagnes ou de la bonne couleur, mais aussi des récipients. »

Port de Taboria-Koba

Port de Taboria-Koba

Une autre teinturière tire la sonnette d’alarme,  « nous n’avons aucun moyen pour travailler pour nous même. Ce sont les gens qui envoient du travail à faire et ils nous payent. Nous voulons aussi travailler pour nous, donc si le gouvernement aidait les femmes à avoir des prêts ou du matériel, ça va nous aider. Nous ne leur demandons pas de nous faire des cadeaux, mais de nous aider et nous allons rembourser après.  Si le gouvernement aide les femmes, les femmes pourront contribuer au développement du pays, » affirme Fanta Cissoko, apprentie teinturière à Kassia1.

Elle nous fait savoir qu’elles ne connaissent pas qu’il y a l’existence des mutuelles de financement dans leur localité, même si Goulli Fatou, présidente de la MUFFA de Kindia nie. Elle affirme que toutes les femmes de la région le savent mais elles font semblant car, « elles ne payent pas les prêts ».

L’agricultrice aussi fait son plaidoyer  « nous n’avons pas d’engrais, nous avons besoins de produits qui pourront nous aider à faire de bonnes récoltes. Si j’ai une soutenance je vais réussir plus que ça, car là je n’ai aucun soutien mais je travaille

A Koba, les femmes aussi veulent des mutuelles de financements, elles en ont entendu parler mais n’ont jamais vu ça chez elles. « Nous demandons aux autorités de nous aider à avoir des frigos, des centres de fumages, de l’argent pour que nous ayons un bon départ, » réaffirme Mamia Bangoura.

D’après M. Lamine Sylla chef de port adjoint de Koba-Taboria, « les femmes ont trop besoins d’aide, elles manquent de tout. Surtout qu’en ce moment l’Union Européenne interdit de mettre le poisson à terre, alors elles ont besoins de bâches. Ici il n’y a aucune aide du gouvernement. Si les femmes n’ont pas les moyens il n’y aura pas de développement. Nous les maris parfois nous ne travaillons pas, si on ne travaille pas, nous utilisons l’argent des femmes. Le prix du poisson varie, en ce moment comme le carburant coûte cher, le poisson aussi coûte cher ».

Momo Soumah chef de port adjoint de Kindiadi, parle aussi des difficultés de son port, « certaines femmes sont venues ici quand elles n’avaient rien. Elles se sont battues jusqu’à avoir leurs propres pirogues. Mais nous n’avons pas un bon port ici, les gens sont plus nombreux que l’espace. Nous n’avons pas d’école, pas d’hôpital, pas de courant, pas une bonne route, nous avons donc besoin d’aide du gouvernement.»

Cependant,  si après tous ces efforts, les femmes ne contribuent pas au développement du pays, il est temps de les accompagner pour que ça se concrétise.

Aminata Diallo