Liberté de la presse : les femmes journalistes répondent à Alpha Condé

Ce jeudi 03 mai, la Guinée commémore la journée de la liberté de la presse, à l’instar des autres pays où la presse existe. A Conakry, les associations de presse et les médias ont eu une rencontre avec le président de la République à la maison de la presse. Alpha Condé n’a pas mâché ses mots en s’adressant aux hommes et femmes de médias de son pays. Certain-es sont sorti-es de la salle avec un air tiré.

Crédit photo google

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Diallo Djeynabou journaliste au groupe Gangan Radiotélévision, nous rappelle ici quelques mots du président,  « en Guinée nous avons mis cette journée à profit pour noter les problèmes qui assaillent les journalistes guinéens. Nous avons reçu le président de la république qui est venu célébrer cette journée avec nous. Il est revenu sur le classement qu’occupe la Guinée parmi les pays qui ne respectent pas la liberté de la presse. C’est un classement qui laisse à désirer, nous sommes entre 140 et quelques, donc un pays qui a une très mauvaise image à l’international. Et le président ne l’a pas apprécié. Il a avec un ton très ferme dénoncé les agissements des journalistes guinéens, qui par tous les moyens essayent de ternir l’image de la Guinée, selon lui ».

Pour Djeynabou, ce discours n’est pas libérateur. « Je ne trouve pas son discours, un discours d’un président de la république qui veut vraiment donner la liberté à la presse guinéenne, je suis désolée mais c’est ma façon de voir les choses. J’attendais un discours plus prompteur dans ce sens, parce que nous savons que quand on parle d’un gouvernement, on parle forcément d’un président, même si son discours a été basé sur sa propre personne. Aujourd’hui encore nous réalisons que nous sommes plus exposés parce que le président ne nous a pas rassuré. Je dirai aux patrons de médias et aux journalistes d’être plus soudés, de travailler de telle sorte que la convention collective soit effective, » dixit-elle.

Fatoumata Kanté journaliste membre de l’Association des Professionnelles Africaines de la Communication APAC,  s’attendait au pire. « Je n’ai pas été frustrée, je m’attendais pas à mieux, c’est le contraire qui allait m’étonner. Ce dont on nous accuse nous ne sommes pas responsables, d’ailleurs ce n’est pas nous qui notons, comme l’a dit le modérateur on ne connaît pas les critères de notation de reporter sans frontière. Mais je crois que lui-même le président de la république a contribué à cette notation. Parce que nous avons vu quel était son attitude lors des assises de la presse francophone, les menaces qu’il a proférées publiquement à la presse guinéenne. Je crois que ce sont des facteurs qui contribuent à classer les pays dans la liberté de la presse. Ça ne m’a pas surpris car nous connaissons tous les sorties médiatiques du président, surtout en ce qui concerne la presse guinéenne.  Il n’a pas assez de considération pour la presse guinéenne, malgré ce que celle-ci a fait pour lui lorsqu’il était opposant, les amis d’hier sont devenus ennemis d’aujourd’hui, tant mieux on a fait ce qu’on peut faire. J’estime que les medias doivent être des vraies entreprises pour pouvoir accéder à la liberté à laquelle on s’attend ».

Le président de l’Union des Radios et Télévisions Libres de Guinée URTELGUI, était là il a une pensée opposée aux journalistes. « Son discours est propre à lui (Alpha Condé NDLR), ce n’est pas quelqu’un qui a sa langue dans sa poche, il dit ce qu’il pense. Il revient aux journalistes de ne pas se fâcher, mais plutôt de relever tout ce que le président a dit, tout ce qui est mauvais, corriger ça, pour qu’à la prochaine rencontre qu’on ne parle plus de ces tares. Le président est dans son rôle de défendre l’image de la Guinée qui est traînée dans la boue à l’international, » estime M. Sanou Kerfalla Cissé.

Il lance un appel à tous les journalistes surtout des radios, d’être professionnel, d’arrêter de jouer « au procureur de la république », car selon lui « cette profession nous ne pouvons pas la réinventer. »

Aminata Diallo