Parole aux femmes : « Les hommes qui ont compris qu’il faut travailler avec les femmes, qu’ils rejoignent ces mouvements de défense des droits des femmes »

Mme Hawa Dramé est bio chimiste. Elle a acquis une certaine expérience dans le domaine de la prise en charge des malades, notamment ceux qui souffrent de pathologie génétique. En 2003 Mme Dramé a décidé de revenir en Afrique, et mettre les compétences acquises au service des enfants du continent, notamment ceux qui souffrent de handicap. Ainsi elle a créé la fondation internationale Thierno et Mariam FITIMA. Le premier centre est au Burkina depuis 2003 et le deuxième centre se trouve à Conakry depuis fin 2010. Il y a aussi FITIMA Europe. Ce sont des centres de soins et de rééducations. Nous avons tendu le micro à Mme Hawa Dramé. Lisez.

mme hawa drameQuel est l’objectif de FITIMA ? Notre premier objectif est de venir en aide aux enfants qui souffrent d’handicape moteur ou intellectuel, le deuxième objectif est d’aider les femmes, de participer à la promotion des droits des femmes, notamment sur l’autonomie financière des femmes.

Pour quoi le nom Thierno et Mariam ? Ce sont les noms de mes deux enfants.

Depuis 2003 qu’est ce que FITIMA a fait et a eu ? Beaucoup de choses, d’abord la mise en place d’un centre de soins et de rééducation au Burkina. La promotion de l’éducation inclusive pour les enfants invalides. Nous faisons beaucoup de sensibilisations pour démystifier le handicap. Nous avons aussi reçu des distinctions pour nos activités, en 2008 FITIMA a reçu l’ordre du mérite du Burkina Faso, en 2012 FITIMA a été meilleure ONG de Guinée, en 2014 lauréate du prix franco Allemand des droits de l’homme Guinée et en Mars 2015 j’ai reçu le prix leader d’exception en Guinée. Nous formons des jeunes aux métiers, comme des para médicaux, par le biais de transfert de compétences, en faisant venir des jeunes professionnels de France notamment qui transmettent des connaissances et des techniques aux jeunes guinéens et burkinabés. Nous avons mis en place une médiathèque communautaire. Pour défendre leurs droits les femmes ont besoins d’abord de les connaitre et on se rend compte que les femmes ne connaissent pas leurs droits, donc nous faisons des formations à ce niveau.

Pourquoi vous avez choisi le Burkina ? C’est le hasard de la vie qui a fait que je suis partie là bas. Ça aurait pu être ailleurs.

Combien de jeunes et femmes FITIMA Guinée a aidé ? Au niveau handicap, en 2014 nous nous sommes occupés de 72 personnes. Au niveau de l’éducation uniquement on a 12 enfants. Au niveau des femmes on ne peut pas donner de chiffres d’abord car nos activités ont été interrompu. Au Burkina, en 2014 il y a eu 114 personnes, là-bas il n’y a pas le volet femmes mais le volet apprentissage ouvert aux valides et aux invalides.

Comment vous voyez la place de la femme dans la société africaine la société guinéenne en particulier? C’est un lieu commun de le dire que la femme n’occupe pas la place qu’elle devrait occuper. Les femmes sont reléguées je ne dirais même pas au deuxième rang, je ne sais à quel rang, mais en tout cas considérées comme citoyennes de seconde zone. Donc elle n’a pas la place qu’elle devrait avoir, elle ne connait pas ses droits donc c’est difficile de les défendre. Les lois, les coutumes sont dictées et édictées par des hommes donc la place de la femme n’est pas celle qui lui revient. La pression sociale est telle que la place de la jeune fille ou femme est le foyer d’abord. Si une jeune femme n’est pas bien dans sa peau, elle ne peut pas être heureuse, elle-même en pâtit et c’est la société qui en pâtit. Le degré d’évolution d’un pays se mesure à la façon dont cette société traite les femmes. On ne peut parler de développement sans la mobilisation des actrices que sont les femmes.

mme drameQu’est ce que vous avez à dire aux femmes qui ne font aucune activité, qui sont dans les foyers à attendre le mari ? C’est dommage pour elles, elles ne se battent pas. Les droits, personne ne vous les donnera, il faut se battre pour les obtenir, une fois qu’on les a il faut se battre pour les conserver. Donc a ces femmes il faut leur dire debout il n’y a aucune raison de rester bras croisés, ou alors ne vous plaignez pas de votre sort. Il faut dire je dois m’en sortir en exerçant une activité quelle qu’elle soit, même si c’est a domicile, on n’est pas obligé de sortir de chez soit, mais en tout cas réaliser en ayant une activité. Il faut être utile, se rendre utile. Tendre la main du matin au soir est vraiment dommage parce qu’à la fin vous n’avez que la place qu’on vous donne.

La comparaison que vous faites entre les femmes guinéennes et celles des pays dans les quels vous avez vécu? Chaque pays a ses spécificités. Si je regarde les pays africains que je connais notamment le Burkina Faso, le Mali et le Sénégal, la religion musulmane est majoritaire, donc sous couvert de cette religion les droits des femmes sont bafoués, ne sont pas toujours respectés. D’un pays à l’autre il y a de différences mais pas très grandes. Les pourcentages des femmes dans les instances dirigeantes de ces pays est faible par rapport aux hommes, à l’assemblée nationale, le gouvernement, des directions, conseils d’administrations. En Europe particulièrement en France où j’ai vécu 20ans, les femmes ont un statut enviable, mais elles continuent de se battre pour leurs droits. Dans les pays nordiques leurs droits sont plus respectés que dans les pays du Sud de l’Europe. Il faut que les femmes se battent et que les hommes qui ont compris qu’il faut travailler avec les femmes, qu’ils rejoignent ces mouvements de défense des droits des femmes.

Aminata Pilimini Diallo