Touchée par une balle lors de la marche de l’opposition guinéenne, Mme Sylla se prononce

Ce mardi 16 aout l’opposition guinéenne a fait une marche pour dénoncer « la mal gouvernance du président Alpha Condé ». Des militants et responsables politiques, ont envahis la route du Prince en partant de Cosa un quartier de la banlieue de Conakry, à Dixinn. A la tête de cette marche il y avait entre autres le président de l’Union des Forces Républicaines UFDG, en occurrence Cellou Dalein Diallo, ou Aladji Cellou comme l’appellent ces admirateurs. Rarement une marche ne commence et finit sans incidents en Guinée, ceci depuis plus de 5 ans. Alors ce fut le tour d’une dame et son neveu qui ont été touchés par « une même balle » et un autre jeune homme qui a succombé à ses blessures par balle, ce 16 aout.

Pieds de Mme Sylla

Pieds de Mme Sylla

La femme touchée est l’épouse de M. Sylla Mohamed qui nous confie ne pas être un militant de l’UFDG mais militant de l’opposition républicaine, il dit être un ancien  de l’Union des Forces Républicaines (UFR) de Sydia Touré. Cette femme s’appelle Mariame Bhoye Diallo, elle habite à Taouyah avec son mari et ses trois enfants.

Le mari au meeting, la femme entre les balles

M. Sylla était au meeting de l’opposition à Dixinn, aux environs de 17 heures son téléphone sonne et il décroche, « on m’annonce que ma femme a été touchée par une balle. J’ai directement demandé qui a tiré sur elle, ils ont dit que c’est le CMIS. Elle n’a pas été touchée par une balle perdue comme ça se raconte par tout, mais ils ont tiré directement sur la porte de sa boutique où ma femme s’était enfermée avec cinq autres personnes. La balle est entrée dans  sa jambe mais est sortie encore puis a touché son neveu de 4 ans sur la poitrine avant de tomber. Ce qui m’a fait mal dans tout ça, c’est qu’ils ont refusé que ma femme soit amenée à l’hôpital, » explique-t-il en sortant de sa poche une balle qui, selon lui serait celle qui a touché son épouse.

Dans son lit d’hôpital, recevant une perfusion, sa jambe gauche attachée, Mme Sylla est d’une mine triste et souffrante. Avec un sourire forcé, elle accepte de nous parler « j’ai une boutique à Bambéto, c’est là j’ai reçu une balle dans ma jambe, vers 16 heures. Beaucoup de marcheurs étaient déjà retournés ».

Vu  qu’il n’y avait pas de pagaille, Mme Sylla a ouvert sa boutique pour vendre depuis le matin. « Quand la foule des marcheurs et Aladji Cellou sont passé, nous avons dit Dieu merci cette marche a réussi car  il n’y a eu aucun incident, aucun agent des forces de l’ordre n’est venu, aucun jeune n’a jeté un caillou. Il a fallut qu’on en parle pour voire un pick-up de police, de la  Compagnie Mobile d’Intervention et de Sécurité ( CMIS) , passer vers le sens interdit en quittant le rond point de Bambéto, » dit-elle avec un souffle rapide.

police guinéenne

police guinéenne

Forces de l’ordre et jeunes de l’axe Hamdallaye-Cosa ennemis jurés

« Quand les jeunes les ont vus, ils ont pris des pierres et ont lancé vers la voiture des forces de l’ordre, en les demandant  » pour quoi  vous êtes  venus ? Une provocation parce que depuis le matin il n’y a pas eu de bagarre ». Nous avons demandé aux jeunes d’arrêter car les policiers n’ont t rien fait. Cette voiture s’est retournée vers le rond point, deux minutes plus tard, un camion de la CMIS est venue vers le sens normal en provenance du rond point de Bambéto. J’étais avec ma petite sœur qui avait son bébé, après je lui ai dit fermons ici, les jeunes et les agents veulent faire la pagaille. Ensuite nous nous sommes enfermés dans la boutique, il n’y avait pas une sortie pour entrer dans la cour où est collée ma boutique » explique Mme Mariame Bhoye Diallo.

Elle continue en ces termes, « j’étais arrêtée avec mon neveu que je serrai contre moi, je disais approchons nous au mur, ils ont commencé à tirer, quand ça se calmera on va sortir.  C’est entre temps j’ai entendu PAN ! Mon pied s’est plié, puis j’ai dit à ma sœur qu’ils ont tiré sur moi, elle m’a demandé « où », je lui ai dit de regarder mes pieds. La balle m’a perforé puis est allée égratigner Mamadou moussa Diallo, l’enfant de ma sœur, Dieu a fait qu’elle n’est pas entrée dans sa poitrine ».

Un secours risqué

C’est un jeune homme qui est venu au secours de Mme Sylla après qu’elle ait crié « au secours on m’a tiré dessus ». Sa sœur a ouvert la porte « mais les policiers étaient là, ils ressemblaient à des fous, en tirant des balles réelles et du gaz partout. Le jeune avait une moto, les gens ont dit « faites la monter ici nous allons l’amener à l’hôpital ». Avec l’aide d’un de mes frères ils m’ont fait monter sur la moto, mais les forces de l’ordre ne voulaient pas qu’on m’amène. Nous nous sommes sauvés, à quelque mètres le propriétaire de la moto m’a bien positionné sur la moto et m’a amené jusqu’à chez Aladji Cellou. Il (Cellou Dalein NDLR) a ordonné qu’on m’accompagne à l’hôpital. Arrivée à la polyclinique de Dixinn, les  médecins ont calmé le sang, puis m’ont amené dans une autre clinique pour faire la radio, où on m’informe que je n’ai pas eu de fracture, » confirme Mme Sylla.

D’après M. Sylla, la mère de ses enfants a passé des radios et des visites médicales, avec le soutien de l’UFDG. « Heureusement, les médecins nous ont dit que ce n’est pas grave. L’enfant lui, n’a rien eu de gave il a juste reçu des pansements et est rentré à la maison, » dixit M. Sylla Mohamed.

Pour le moment Mme Mariame Bhoye Diallo dit être bien suivit par les médecins, même si ce matin le sang avait recommencé à couler, mais ils l’ont arrêté a-t-elle dit. Elle dit aussi avoir  mal et  ne sent pas son pied gauche.

Aminata Pilimini Diallo