Une ex-sympathisante du FN jugée et reconnue coupable pour avoir aidé des migrants à rallier l’Angleterre

Béatrice Huret, ex-sympathisante du FN, était jugée  ce mardi à Boulogne-sur-Mer pour avoir aidé trois migrants à traverser la Manche afin de gagner l’Angleterre. Elle a été reconnue coupable mais a été dispensée de peine.

Béatrice Huret

Béatrice Huret

Béatrice Huret a été jugée ce mardi matin au tribunal correctionnel de Boulogne-sur-mer (Pas-de-Calais) pour «aide à l’entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d’un étranger en France en bande organisée». Trois autres prévenus, un militant «No border» français, une Française mère de quatre enfants et un Iranien de 26 ans, sont également à la barre pour le même motif. Mme Huret a été reconnue coupable mais le tribunal l’a dispensée de peine.

Le ministère public avait requis un an de prison avec sursis à l’encontre de cette ex-sympathisante du Front National âgée de 44 ans, qui a notamment aidé un migrant iranien à rejoindre l’Angleterre en bateau «par amour». «La solidarité est louable mais pas à n’importe quel prix et dans n’importe quelle condition», a estimé la procureure de Boulogne Camille Gourlin, notant que la prévenue n’avait touché «aucune rémunération» lors de l’organisation de cette traversée en juin 2016.

En juin 2016, la quadragénaire a aidé Mokhtar, l’Iranien dont elle est tombée amoureuse, ainsi que deux autres réfugiés, à traverser la Manche depuis le Pas-de-Calais. Béatrice Huret avait acheté un petit bateau de plaisance sur LeBonCoin, pour 1 000 euros selon elle, et organisé la traversée avec un militant associatif. Avant son entrée au tribunal, elle a dit assumer ce qu’elle avait fait.

Sa rencontre avec Mokhtar n’avait «rien d’une évidence» pour l’ancienne sympathisante du Front National, qui avait auparavant partagé la vie d’un policier de la PAF (Police aux frontières). Veuve depuis 2010, Béatrice Huret menait une vie routinière. Son quotidien bascule une première fois en février 2015 lorsqu’elle prend en stop un jeune Soudanais pour l’accompagner à la «Jungle».

Dans la jungle

Elle décide alors de s’y rendre régulièrement comme bénévole. Elle est bouleversée par la manifestation d’un groupe d’Iraniens qui se sont cousus la bouche pour protester contre le démantèlement d’une partie du camp… Et ressent «un coup de foudre» pour l’un d’eux, Mokhtar, leur porte-parole, alors âgé de 35 ans, converti au christianisme.

Après avoir perdu sa trace, elle accepte plus d’un an plus tard d’accueillir chez elle Mokhtar et un autre Iranien, qui tentent vainement de passer en Angleterre en camion. Puis vient, en juin 2016, la traversée par bateau. A la suite d’une journée d’angoisse, elle découvre sur le site du «Daily Mail»que «trois migrants iraniens ont été secourus par les garde-côtes» alors que l’embarcation chavirait. Transféré dans un foyer du nord de l’Angleterre, Mokhtar a obtenu depuis le statut de réfugié et reçoit régulièrement la visite de Béatrice Huret, à en croire la prévenue.

«J’attends de ce procès qu’on comprenne ce que j’ai fait et pourquoi je l’ai fait. Je sais ce que j’ai fait. J’assume parfaitement d’avoir acheté un bateau, de l’avoir mis à l’eau, de les avoir transportés jusqu’à la plage», a-t-elle déclaré avant d’entrer au tribunal. Avant d’ajouter : «Le but de ma vie, c’est lui (Mokhtar, ndlr). Je suis prête à lui donner ma vie. La seule chose qui m’embêtera, c’est de ne plus voir Mokhtar si je suis en prison». Au cours de la première matinée d’audience, Béatrice Huret a lancé : «Si c’était à refaire, je le referais». «Je ne pensais pas que c’était répréhensible à ce point-là», a-t-elle reconnu.

«Mokhtar, mais il y a deux autres personnes…», a questionné le président du tribunal, Maurice Marlier. «Ils voulaient partir à trois. C’était un bateau six places, si j’étais un passeur, j’aurais pu en mettre six», a rétorqué Mme Huret, assurant n’avoir jamais été guidée par l’appât du gain. Mais «est-ce que vous avez tenté de les dissuader ?», lui a demandé le juge. «J’ai essayé de les dissuader plus d’une fois. Cette aide était un moindre mal pour eux. Ils seraient passés par des passeurs professionnels. S’ils sont encore vivants, c’est un miracle», a-t-elle insisté, émue.

 Source leparisien.fr